Genèse

Un coquelicot à la boutonnière

Comme tous les derniers vendredis d’octobre de chaque année, les coquelicots fleurissent à la boutonnière gauche de la plupart des Canadiens. Car si le 11 novembre n’est pas un jour férié, il est commémoré par une éclatante fleur rouge portée au plus près du cœur…

L’histoire de ces coquelicots, je l’ai découverte en arrivant à Montréal quand Saïd, le chauffeur d’origine syrienne mandaté par le festival du Monde Arabe est venu me récupérer à l’aéroport. Après quelques minutes d’une conversation où l’anglais se mêlait au français et à mon arabe maladroit, j’ai osé lui demander la signification de ce coquelicot qu’il arborait fièrement et que je retrouvais à la boutonnière des piétons que nous croisions sur le chemin de l’hôtel.

« Ces fleurs portées par tant de gens dans la rue et par toutes les personnalités publiques au cours du mois de novembre avaient pour lointaine origine les guerres napoléoniennes. C’est au cours de celles-ci que l’on commença à remarquer le coquelicot, cette fleur mystérieuse qui poussait sur les tombes des soldats morts au combat.
 Au cours du XXe siècle, en France et en Belgique on remarqua la réapparition du coquelicot, dans le sol enrichi en calcaire par les décombres de la Première Guerre mondiale.
 Deux jours avant l’Armistice, Moina Michael, une Américaine d’Athens en Géorgie, eut l’idée de porter un coquelicot durant toute l’année en souvenir de ceux qui étaient morts à la guerre… »

Après quelques hésitations, je demande à Saïd depuis combien de temps il habite au Canada. Sa réponse ne se fait pas attendre : 17 ans.

Mais alors, ce n’est pas ton histoire ?

Mes enfants sont tous nés au Canada, alors s’il est vrai que je ne suis pas un Canadien du passé, je suis un Canadien du futur.

Cette réponse d’une parfaite évidence m’a littéralement scotché. Sur toute la fin de notre trajet, je restais muet, méditant cette notion qui ne m’avait jamais traversé l’esprit. Si les Français ne sont pas tous des Français du passé, ils sont tous des Français du futur. Dès lors, comment mieux incarner l’idée d’une égalité gravée sur le fronton de chaque mairie ?

Puis, l’idée a fait son chemin et des questions me sont venues à l’esprit. Quel est notre projet commun ? Comment se construit un futur ? Comment je m’intègre à un projet commun en tant que Français du futur ? Quels devoirs et quels droits ? Quel regard sur moi-même et sur les autres ? Quelle ambition pour les générations futures et par conséquent quel regard sur mon passé ? Comment je m’inscris dans une trajectoire citoyenne qui, prenant son socle dans mes origines, ne s’arrête pas au présent mais au contraire trouve son élan dans la projection de ma citoyenneté future ?

Abdelwaheb Sefsaf – compagnie Nomade in France